Archive for the ‘Ecrits’ Category

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Regards croisés sur le patrimoine

2010/03/01

Photo Dany Laborde

Dans ces articles voici deux des textes écrits par Koldo Amestoy pour accompagner six photographies choisies parmi des clichés sélectionnés pour l’exposition “Regards croisés sur le patrimoine” organisée par la ville de Bayonne – lien. Photos et textes donnent lieu à une exposition jusqu’au 28 mars devant le théâtre de Bayonne, place de la Liberté.

“Sitôt le seuil franchi, la porte du château s’est refermée derrière elle. Et la dame en noir longe le mur d’enceinte. Elle ne l’a pas entendue s’approcher. Elle ne l’a pas vue s’avançant vers elle, babines retroussées, crocs ruisselants de salive, yeux plissés, poils hérissés, oreilles dressées… Elle frissonne soudain, mais il est trop tard. Elle continue à descendre la rue, lentement avalée par la nuit féline.”

“Ataria pasa bezain laster, jauregiko atea hetsi zaio bere gibelean. Eta beltzez jantzitako anderea harresi ondotik abiatu da. Ez du entzun hurbiltzen. Ez du ikusi hurrantzen ari zaiola, ezpainak bildurik, letaginak blai, begiak zimurtuak, ileak xut xuta, beharriak tente… Ikaratzen da bat-batean, baina berantegi da. Beti karrikari behera doa, poliki poliki katu-antzeko gauak iresten ari duelarik.”

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Ondareari begirada gurutzatuak

2010/03/01

Argazkia / photo : Fabrice Maigniez

Artikulu hauetan hona hemen, Baionako herriko etxeak “Ondareari begirada gurutzatuak” erakusketarako baztertu zituen argazkietarik sei hautatu ditu. Eta Koldo Amestoy-ek hauek “laguntzeko” idatzi dituen sei testuetarik bi agertzen dizkigu hemen. Argazki eta idazkiak, Baionako antzoki aitzinean, Askatasuna plazan erakutsiak dira. Esteka

Ezustean agertu zaigu hemen. Zerutik jautsia omen. Eta pista gainean finkatzea uste zuelarik, mekanika hegalari hau errekako urazalean lurreratu da. Horrela aurkitu dugu, argiak oro pizturik distiratsu. Eta egun guzitik ez da mugitu.
Biharamunean, hurbildu gatzaizkio. Batzu hegal gainera upatu. Hor, bi lagun urraska ausartu dira. Gero, mutil gazte bat bere skateboard-ean beste ibaiertzera buruz abiatu da.

Elle a débarqué chez nous par hasard. On dit qu’elle est arrivée par les airs. Et croyant se poser sur une piste, cette machine volante aurait atterri sur la rivière. On l’a découverte ainsi, brillant de tous ses feux. Et elle n’a pas bougé de la journée.
Le lendemain, on s’en approche. Certains grimpent sur son aile. Là, deux gaillards osent quelques pas. Puis, un jeune gars s’élance sur son skateboard vers l’autre rive…

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Récit’Ag : VIA II, le bourdon…

2008/12/15

Les 28 et 29 novembre Koldo Amestoy participait aux côtés des compagnies LagunarteÇa-i, Einstein on the Beach aux Rencontres Bougarber 2008 : VIA II

VIA II en référence aux pèlerins, le chemin où se croisent des acteurs culturels partageant les mêmes aspirations artistiques, mais aussi une façon différente d’habiter leur territoire. Un moment où le temps s’arrête pour mieux faire connaissance avec des artistes-voisins musiciens, plasticiens, conteurs… Au programme figuraient des ateliers pédagogiques, des rencontres artistiques, des débats publics.
Kristof Hiriart et  Koldo Amestoy avait pris en charge la direction artistique des soirées : rencontres entre musiciens improvisateurs (jusqu’à 12 sur scène !), installations et contes.

L’occasion pour Koldo de créer un de ses “Récit’Ag” : la chronique “détournée” de la chute du maître-bourdon Tsar Kolokol III, grosse cloche de 202 tonnes installée au Kremlin… Une création sur le “bourdon” dans toutes ses acceptions. Chaque définition donnée au public est suivi d’un tirage de dés qui décident du nombre de musiciens qui se lancent en réponse dans une improvisation.

Extraits :
Dans la famille Bourdon, il y a le grand bâton du pèlerin, qui s’avance sur le bord du chemin en sautant à pied-joint, et que le marcheur suit, pas à pas…
Dans la famille Bourdon, il y a le burdun, le mulet, issu du croisement de l’âne du valet et de la jument de madame,
Dans la famille Bourdon, il y a la grosse lance creuse du chevalier pour le tournoi, la grosse lance que le chevalier creuse pour le tournoi, la grosse du chevalier que la lance creuse pour le tournoi,
Dans la famille Bourdon, il y a la cloche particulièrement grande, gracieuse et grave…
Dans la famille Bourdon, il y a les espèces du genre Bombus : le bourdon des pierres, le bourdon terrestre, le bourdon noir, le bourdon sylvestre, le bourdon arboricole, le bourdon des champs, le bourdon des prés…
Dans la famille Bourdon, il y a le faux-bourdon, le mâle de l’abeille, chassé de la ruche dès la petite affaire avec la reine terminée. Moralité : mieux vaut…
Dans la famille Bourdon, il y a le vrai faux-bourdon, cette harmonisation du plain-chant à capella, par le renforcement des harmoniques…
Dans la famille Bourdon, il y a le son grave, de la grave complainte du graveur qui gravite gravement dans une gravière, puis se met à graver avec gravité une gravure gravifique en graviers et gravillons…
Dans la famille Bourdon, il y a l’erreur, le mastic ou la bourde en imprimerie…
Dans la famille Bourdon il y a Madame et Monsieur Bourdon. Madame Bourdon est brodeuse. C’est une spécialiste du point du bourdon. Oui !
Dans la famille Bourdon, il y a ce chanteur vaillant et volontaire bourdonnant et cherchant toujours sa voix, jusque dans les profondeurs de son corps et… de son chaudron !

Les artistes présents :  les conteurs Serge Mauhourat et Koldo Amestoy, les musiciens Nicolas Lafourest, Joseba Irazoki et Ryan Kernoa, Pantxix Bidart, Kristof Hiriart, Maddi Oihenart, Didier Ithursarry, Jean Baudoin, Thomas Baudoin, Mateu Baudoin, Simon Guillaumin,…

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En compagnie d’Altéma…

2008/10/01

(Texte / Chronique)

En compagnie d’Altéma au Château de Viella en Madiran
Elle se saisit d’une bouteille sur la table, parmi les autres, elle jette un œil sur l’étiquette et verse un peu de vin dans mon verre en tulipe. Et je m’exécute aussitôt, l’air sévère et concentré, je fais comme font les autres : lever son vin pour apprécier sa robe, le faire valser doucement dans le verre, plonger le nez dedans dès qu’il se pose au fond…
– Quel parfum distinguez-vous d’entrée dans ce vin ?
– Euh, eh bien, euh !… Le tarin toujours plongé dans ma tulipe, à humer ce vin que je dois apprécier et commenter de suite, j’hésite, je ne sais pas… Que dire ? Je suis au bord du gouffre.
– Comme un parfum de fruit rouge ? me propose la jeune femme, pour me venir en aide sans doute, et me retenir avant que je ne tombe dans l’abîme.
– Eh bien, à vrai dire je… Oui, effectivement… Je devine comme une senteur de…
– De cassis ?
– Ah ! Eh bien !
– De cassis !
– Ah ! Mais oui… Bien sûr, c’est du cassis. Hum ! C’est évident, ça emplit le nez. Le parfum du cassis, oui ! Ouf ! Je suis heureux. J’ai enfin trouvé la réponse. Oui mais, qu’est-ce que je vais pouvoir faire maintenant de ce cassis pendu au bout du nez, qui commence à me monter à la tête ? De la confiture, de la gelée ou quoi ? A cet instant, la jeune femme me tourne le dos. J’en profite pour boire une bonne lampée de vin. Puis, se retournant vers moi, elle me dit :
– Vous pouvez verser le reste dans le pot, si vous voulez !
– Le reste de… cassis ?
– Non, le vin de votre verre !
– Ah !… Ah non, non… J’aime trop ça, moi le… cassis !
Plus tard, dégustant un autre vin toujours en sa compagnie, je réussis enfin à percevoir en bouche une légère note de… violette. Peut-être devrais-je-lui en offrir un bouquet ? Mais trop tard, elle s’éloigne déjà pour porter assistance à un autre…”client” comme moi. Je la remercie. Et je poursuis la dégustation, seul désormais, nez, bouche et verre tendus vers les autres bouteilles, à la quête d’arômes cachées et de saveurs nouvelles, goûtant à l’aveuglette, buvant en toute liberté.
Koldo Amestoy  Hasparren, le 15/09/2008

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Salaire et solitude de misère

2008/09/30

Argazkia / Photo : Gilbert Glère
(Texte / chronique)

Je connais une personne qui se déplace à pied. Pour faire ses courses, un petit tour au bar, pour aller au travail le matin et revenir le soir, elle va toujours à pied. A n’importe quelle heure du jour, sur semaine comme le dimanche, on peut la voir marchant par les chemins et les trottoirs. Elle a un sac dans son dos, une poche en plastic pendu à sa main, un pain calé sous son bras. A pied et toujours seule.
La route à parcourir doit lui paraître bien pénible parfois : lorsqu’elle part dès l’aube pour ne revenir que la nuit venue ; qu’il fasse beau temps à l’aller mais qu’il pleuve au retour ; si elle va par un grand froid ou sous la canicule ! Si elle avait un simple vélo, elle en aurait bien l’utilité. Ou une auto peut-être, pour faire ses allers et retours plus commodément et rapidement. Quoiqu’en ville, on aille sûrement plus vite à bicyclette qu’en voiture. Mais elle, va à pied, seule et sans vélo.
Un jour je l’ai suivie. Cette personne doit vivre dans une maison de quartier, me disais-je. Elle fait le choix de la marche à pied dans le but d’économiser de l’énergie et de ne pas polluer l’atmosphère. Pour sa santé également, s’obligeant à faire un peu d’exercice et contraignant ainsi sa volonté…
Rien de tout cela ! Je l’ai vu s’avancer vers le fond d’un parc à voitures. Il y a là un vieille auto abandonnée à l’abri d’un mur. La personne déverrouille le hayon du coffre et y dépose ses affaires. Puis, sitôt la portière-avant droite ouverte, elle s’y engouffre et la referme. Puis, plus rien ne bouge : ni le véhicule, ni son occupant. Nul ne s’en approche. C’est là qu’elle vit, seule, éloignée de sa famille et sans aucun ami.

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Bakea bai, bi sosik ez

2008/09/30

Argazkia / Photo Gilbert Glère
(Idazki / kronika)

Ezagutzen dut jende bat oinez doana. Edozein erosketa egiteko, tabernara itzuli bat edo, egunero bere lanera eta lantokitik itzultzeko, beti oinez dabil. Edozein ordutan, astegunetan eta igandeetan berdin,  urratsez urrats ibilki ikus daiteke, bide eta karriketan gaindi. Zakutto bat bizkarrean, poltsa bat eskutik zintzilik, ogi bat besapean kokaturik. Oinez eta bakarrik.
Bizkitartean, bide frango dorpea idurituko zaio batzutan : egunaz abiaturik, gauaz itzultzean ; aro onarekin joanik, euria jauts-ahala ari duela jitean ; bero ala hotz handia egiten duenean. Txirrindula xume bat balu bederen, ongi balia lezake ! Edo auto bat hobe, joan-etorriak oinez egin baino, erosoago eta laster bukatu bailezazke. Nahiz eta hiri batean, auto batekin baino bizikletez fiteago ibiltzen den. Baina hau, oinez doa, soilik eta bizikleta barik.
Holako batez, segitu nitzaio. Auzo bateko etxe batean bizi zela iduritzen zitzaidan. Hautu hori egiten zukeela, erregai ekonomiak eginez, kutxadurarik ez ingurunean hedatzeko asmoarekin. Eta osasunarentzat, bere gorputza ariketa egitera bortxatzeko, eta gogoa hortara behartzeko…
Baina, ttirrit ! Aparkalelu baten zokora heltzen ikusi dut. Pareta baten haizoblian, auto zahar ahantzi bat dago. Kutxako atea idekirik bere puskak beribilean eman ditu. Aitzin-eskuineko atea zabaldurik barnean sartu da, eta hetsi du. Gero, ez da deus mugitu : ez autoa, ez barnekoa. Ez zaio iñor hurbildu. Hor bizi da, bakarrik, familiatik urrundurik eta, lagunik bat ere gabe.
Hori hala bada halabiz, hala ez bada halatsu !

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Récit’Ag : N’ayez pas Peur !!

2008/08/31

Tout l’été, Intxauseta, le Théâtre des Nombreux Pâturages, a accueilli à Bunus les sculptures de Christophe Dumont… A l’occasion des “Rencontres d’Intxauseta” Koldo Amestoy a été invité à créer, en compagnie de Patrick Auzier et du musicien Jean-Christian Irigoyen, un spectacle qui redonnerait vie à l’une de ces sculptures. Pyrotechnie, donc, musique et conte pour une soirée qui a mis en émoi et en feux tout le vallon de Bunus.
Pour écrire ce Récit’Ag, Koldo a choisi le personnage de JP2 (prononcer “Jipitou”…) dont vous pouvez apprécier le portrait… “Il a l’apparence d’un petit pape tranquille, coiffé d’une tiare et mains croisées sur sa crosse. Or, ses yeux brillent d’une lueur étrange, diabolique même. Christophe Dumont son créateur le nomme aussi “N’ayez pas peur”, comme pour nous rassurer… car son bonhomme de métal s’éclipse parfois de son atelier….” C’est ainsi que JP2 s’est fait ce soir-là le pape d’une “certaine” agriculture…

Extrait du Récit’Ag de Koldo Amestoy :
– En premier, ton syndicat agricole, ton seigneur et maître, tu vénéreras… humblement. Ala fede, euskaldun eta fededun, bagaituk ez gaituk ?…
– En deuxième, quand le nom de ton syndicat on évoquera, la politique de développement de l’agriculture compétitive et rentable prônée par lui, en mémoire te reviendra, et à cette idée tu te soumettras… immédiatement, et respectueusement. Hala izan dadila, orain eta geroan ere, han, eta hemen batezere ! Hala ez bada, halabiz !
– En troisième, à l’implantation du modèle d’agriculture industrielle, productiviste et innovante, par tes actes et tes affirmations, tous les jours de la semaine tu coopéreras, et durant la nuit tu y songeras… voluptueusement. A! Bai ! Zatoz, zato fite !… Bai !… Bai !…
– En quatrième, pour l’exploitation qu’ils t’ont transmise, tes parents tu honoreras, et dès le lendemain, auprès de ta banque tu te rendras. Avec sa totale confiance, coûte que coûte les moyens techniques les plus récents et performants chez toi, tu installeras. Et guider par leur logique, tu te laisseras…  aveuglément, tout bonnement.  Itsutuki, aitamen erranetarik beti ibili bazina bezala !…
– En cinquième, en tant qu’entrepreneur agricole, les risques que l’économie actuelle impose, notamment ceux que tu partages avec ton co-loca-terre et client, le consommateur, ces risques-là, tous, tu les prendras… inconsidérément. Inévitablement. Duda izpirik gabe ! Nolaz ez ? Eta nola aitzinatu eta indartu bestela ?
– En sixième, pour accroître et améliorer ta production, le jardin potager, le verger, la vigne, la haie, le fossé, le chemin, le talus, le ruisseau, l’arbre isolé, le bosquet, la lande, tu supprimeras… bien proprement, et définitivement. Ez baitiagu denborarik denetaz okupatzeko, eta eremuak emendatu behar, kontxo !
– En septième, au monde entier tu t’ouvriras, ton pays tu sublimeras, ton village tu flatteras et, la bonne image de ton voisin producteur fermier, tu détourneras… discrètement. Ez dik “seurki-ta-hale”, oraingo laborantza berriak, horrelako “herresta itxura” beharrik !
– En huitième, les expressions et sigles : agriculture paysanne et raisonnée, développement durable, moratoire sur les OGM, produit biologique, souveraineté alimentaire, biodiversité, production  locale, engrais naturels, énergies renouvelables, AMAP, respect de l’environnement, commerce équitable, écosystème, qualité de l’eau, changement climatique, économie d’énergie, dépendance au marché, prise de conscience écologique,… tout cela, de ton esprit et de ton vocabulaire quotidien, tu banniras… consciencieusement. Hobe ! Hobe segurki ! Erran-molde berri horiek guziak euskarara itzultzeko, deabruen lana baita !
– En neuvième, les biens de ton prochain, ses terres, ses bâtiments d’exploitation, son tracteur, son matériel, sa remorque, sa maison d’habitation, son 4×4, son épouse, et même sa fille aînée, tu convoiteras… avidement, évidemment ! Gure etxean hobekiago izanen baitituk, auzokoan baino !! Ase on bat hobe baita, bi gose baino !
– En dixième, de tes certitudes ton fils tu pétriras, à ton image tu le façonneras, et afin qu’il poursuive ton œuvre, bien comme il faut, tu le nantiras. Pour cela, toutes sortes de stratégies tu déploieras… astucieusement, et légalement, il va sans dire. Gure herriko laborantzak merezi duen segida eta geroa ukan dezan ! Bistan dena ! (…)
Koldo Amestoy, août 2008

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Récit’Ag : Carnet de Route à Bayonne

2008/04/13

Le Récit’Ag “Carnet de Route” est une commande de la ville de Bayonne dans lequel Koldo Amestoy nous raconte à sa manière l’itinéraire suivi par les élèves et leurs enseignants à la découverte de 7 lieux patrimoniaux et culturels de la ville de Bayonne pour les 7 ans de l’opération “Voyage dans ma Ville”.
Au printemps 2008, avec la municipalité et les différents lieux (archives et bibliothèque municipales, Muséum d’Histoire Naturelle, Musée Basque, Musée Bonnat, Plaine Ecologique d’Ansot, visites guidées de la ville) Koldo Amestoy a participé à la conception d’une exposition et créé et raconté ce Récit’Ag à destination des parents, éducateurs et enseignants (deux spectacles de 40 mn).
Une visite dans la visite… ou comment le conteur prend la place du guide en ne montrant que ce qu’il veut nous donner à voir, en réinventant parfois l’histoire, en découvrant des chemins de traverse…

Quelques extraits :
Les archives….
” (…) Alors que les derniers élèves quittent la salle des archives, une dame blonde est là vêtue de noir, elle enfile des gants blancs et se saisit d’une couverture en vieux cuir, pour la remettre en place dans sa vitrine. Soudain, la vielle reliure se déploie entre ses mains et retrouvant sa souplesse d’antan, se dégage d’un coup de cette emprise. Elle bat des ailes et prend son envol. Elle se faufile au-dessus des rayonnages de cette longue salle et s’éloigne d’un vol lourd et fuyant. La dame en noir sourit, retire ses gants, éteint la lumière et quitte la pièce. J’entends qu’elle verrouille la porte derrière elle. Elle me laisse perplexe dans le silence, plongé dans la pénombre. Moi qui voulais un petit noir, me voilà servi !…”



Le Musée Bonnat…

“(…) Sitôt l’entrée franchie, j’aperçois un tableau accroché au fond de la salle : le portrait d’un aigle, ses serres s’enfonçant dans le corps d’un lièvre. Son œil attire le mien,  me lance comme une interrogation muette : à qui le tour ? Mon échine se met à frissonner, mais je me ressaisis et mon regard s’en détache. Il plonge dans l’eau de la petite crique juste derrière le rapace, se glisse sous l’encadrement et s’éloigne à la nage… Il accoste plus loin sur une petite grève, fait quelques pas sur le sable et franchit le cadre d’un petit tableau fixé quelque part au dernier étage du musée. Je récupère là mon regard, et poursuis ma visite, me surprenant à flâner au travers des siècles… En passant près de grands portraits, je les caresse du regard pour tenter d’oublier celui de l’aigle qui m’attend en bas. Quelque part, j’entends la voix d’un enfant qui lance : “Madame, vous m’avez donné un crayon et du papier, mais pas de gomme !” et un autre : ” Moi, ma mine, elle est cassée, madame !”
Quand j’arrive en bas, une bande de jeunes entoure le tableau de l’aigle. L’œil du rapace est rivé sur l’un d’eux. Tant mieux ! Je m’éclipse donc…”.

La plaine d’Ansot…
” (…) La Maison des Barthes, dans la salle principale, une exposition : les oiseaux des barthes, des marais et des zones humides. Certains des élèves sont installés, béats devant Beate qui leur parle de plumes… Les autres, planent autour d’Anne qui leur cause de becs… Et moi, je fais un petit tour entre plume et bec, avant d’aller saluer Lionel qui veut me présenter le clapet. Le clapet est cette vanne métallique installée à la jonction des ruisseaux et des canaux qui s’écoulent dans la Nive. Tandis que le roseau veille sur les Barthes, le clapet gère ses eaux. Parce qu’une marée peut survenir n’importe quand, et noyer toute cette zone-ci, la Maison des Associations, le cinéma, le night-club, le Petit-Bayonne, tout… Mais n’ayez crainte, le clapet veille. D’ailleurs, il est de garde ce soir à la plaine d’Ansot…”

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Récit’Ag : “Au pays des cocagnes”

2007/12/14


Ce Récit’Ag est une commande de la BDP du Gers dans le cadre de Lire en Fête 2007 pour la bibliothèque de Lectoure et  Duffort.….Une création contée pour accompagner une exposition du peintre Jacques Fettah. Un point de départ à la création donc : les œuvres de Jacques Fettah ; mais aussi la ville et les villages, la géographie du lieu, les caractéristiques voire  “caractères” de chacun d’eux… Avec à l’arrivée, une ré-écriture très personnelle de l’histoire du pastel et du Bleu de Lectoure.. qui, sachez-le, aurait bien pu être le Bleu de Duffort !
Le titre : “Au pays des cocagnes… plus on dort, plus on gagne” (proverbe local…). Durée 25 mn

Extrait :
(…) “Et donc, la fois où il est arrivé du côté de Duffort à la recherche de quelques pièces de bois, il a rencontré la sœur du gars de Duffort. Pas parce qu’il l’a repérée et s’en est approché comme d’une vieille poutre découverte dans une maison abandonnée, non, mais parce que cette jolie fille a détourné son regard de quêteur (de bouts de bois), et qu’à ce moment-là, elle lui a souri !…
Le jour de cette première rencontre avec la sœur du gars de Duffort devant la ferme de ses parents, le soleil lui-même ose une timide sortie après toute une semaine de pluie Et voilà que notre gars de Lectoure remarque juste derrière la jeune fille, un grand tas de fumier duquel s’écoule un liquide d’une étrange couleur. Bon, des tas de fumier, il en a croisé. Des tas. Et des jus de tas de fumier, il en a bu… non, vu. Des quantités. Des relents de tas de fumiers, il en a aussi reniflé. De nombreux. Mais un fluide de cette couleur-là, il n’a jamais observé ça…” (…)
Le jeune colporteur se baisse, prend un peu de ce liquide, l’étale sur le bout de ses doigts, et c’est en les essuyant dans son mouchoir de coton – Oui, les fils de Lectoure ont toujours un mouchoir blanc, plié et bien repassé au fond de leur poche ! – Et c’est là qu’il découvre que le tissus se teinte d’une belle couleur verte, puis bleue….

Dans la presse
Nombreux sont les amateurs qui sont venus découvrir les nouveaux tableaux de Jacques Fettah et apprécier les histoires du conteur Koldo Amestoy, vendredi. Après une présentation de cette nouvelle édition de Lire en fête, Marie-Paule Fontano a présenté les acteurs de la soirée. Jacques Fettah, artiste local, présente une série de peintures et collages de format panoramique pour changer de ses habituelles œuvres grand format. D’une part les paysages où il oppose la nature réelle aux paysages abandonnés, sorte de no man’s land, d’autre part les « figures paternelles pseudo-héroïques » sont de drôles de personnages dans des petits cadres carrés à la forme parfaite qui permettent l’accumulation de détails. Les tableaux sont faits de superposition de collage, peinture acrylique et gouache sépia ; en y regardant de près, on découvre toujours de nouveaux détails parfois surprenants. Les paysages sont des tableaux ouverts, un peu vagues, dont s’est inspiré Koldo Amestoy pour nous faire rentrer sans en avoir l’air et tout en discutant dans l’univers merveilleux de ses contes. Simplicité, charisme attachant, beaucoup d’humour également, Koldo apporte des éléments accessibles à tous puisés dans l’histoire locale, y rajoutant quelques détails extraits des peintures de Jacques (une machine extraordinaire, une cabane en bois…) et le voilà parti nous racontant l’histoire du garçon vacher mêlée à celle du bleu de Lectoure… (…)
La Depêche 24/10/07

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Et il se fait la belle

2007/11/30

(Texte / chronique)


Il y a tout d’abord la porte de la prison devant vous, puis le regard du portier qui se pose sur vous. Vous êtes-vous trompé de lieu, ou de jour de rendez-vous ? Ou alors, peut-être est-ce seulement le conte qui est invité, et pas vous ? Non, non… C’est bien vous que l’on attend. Bonjour, avancez par ici, s’il vous plaît ! La grande porte se referme derrière vous. Ensuite… Suivez le guide ! Dans ce dédale de portiques, de portes, de couloirs, de grilles qui s’ouvrent et se referment, il y a toujours quelqu’un qui marche devant : un animateur ou un gardien. Il vous annonce : c’est le conteur ! Bonjour ! Vous répondez machinalement. Car tous vos sens sont occupés ailleurs. Ils errent dans cet autre monde, surpris par tout ce qui résonne ici : appel, cri, claquement sec, voix d’interphone ; étonnés de se retrouver dans des images vues à la télé, ou au cinéma…
Et où est donc le conte ? Il est là, blotti en vous. Il n’est pas plus à l’aise que vous, mais il se tient tranquille, alors ça vous rassure.
Vous voilà arrivé. On vous fait entrer dans une pièce toute blanche : la salle de classe. Elle est préparée pour l’occasion. Les détenus entrent l’un après l’autre ? Chacun vous salue poliment et s’installe. On attend les retardataires. Ils s’étaient inscris pourtant, mais… Parmi ceux qui sont assis devant vous, certains échangent quelques mots à voix basse. Discrètement. Les autres observent à la dérobée l’animateur, le conteur, les codétenus, le surveillant. Tiens ! Il n’est pas en uniforme. Nous sommes au cœur de l’univers carcéral, mais dans un ailleurs, où comme ailleurs des gens sont réunis et donc…
On vous fait signe. Et votre conte se précipite déjà, comme pour se libérer de vous, ou tenter une évasion. Qui sait ? Et son public le suit. Et il se fait la belle…
Koldo Amestoy, le 10 février 2007