Archive for the ‘Ecrits’ Category

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Récit’Ag : Carnet de Route à Bayonne

2008/04/13

Le Récit’Ag “Carnet de Route” est une commande de la ville de Bayonne dans lequel Koldo Amestoy nous raconte à sa manière l’itinéraire suivi par les élèves et leurs enseignants à la découverte de 7 lieux patrimoniaux et culturels de la ville de Bayonne pour les 7 ans de l’opération “Voyage dans ma Ville”.
Au printemps 2008, avec la municipalité et les différents lieux (archives et bibliothèque municipales, Muséum d’Histoire Naturelle, Musée Basque, Musée Bonnat, Plaine Ecologique d’Ansot, visites guidées de la ville) Koldo Amestoy a participé à la conception d’une exposition et créé et raconté ce Récit’Ag à destination des parents, éducateurs et enseignants (deux spectacles de 40 mn).
Une visite dans la visite… ou comment le conteur prend la place du guide en ne montrant que ce qu’il veut nous donner à voir, en réinventant parfois l’histoire, en découvrant des chemins de traverse…

Quelques extraits :
Les archives….
” (…) Alors que les derniers élèves quittent la salle des archives, une dame blonde est là vêtue de noir, elle enfile des gants blancs et se saisit d’une couverture en vieux cuir, pour la remettre en place dans sa vitrine. Soudain, la vielle reliure se déploie entre ses mains et retrouvant sa souplesse d’antan, se dégage d’un coup de cette emprise. Elle bat des ailes et prend son envol. Elle se faufile au-dessus des rayonnages de cette longue salle et s’éloigne d’un vol lourd et fuyant. La dame en noir sourit, retire ses gants, éteint la lumière et quitte la pièce. J’entends qu’elle verrouille la porte derrière elle. Elle me laisse perplexe dans le silence, plongé dans la pénombre. Moi qui voulais un petit noir, me voilà servi !…”



Le Musée Bonnat…

“(…) Sitôt l’entrée franchie, j’aperçois un tableau accroché au fond de la salle : le portrait d’un aigle, ses serres s’enfonçant dans le corps d’un lièvre. Son œil attire le mien,  me lance comme une interrogation muette : à qui le tour ? Mon échine se met à frissonner, mais je me ressaisis et mon regard s’en détache. Il plonge dans l’eau de la petite crique juste derrière le rapace, se glisse sous l’encadrement et s’éloigne à la nage… Il accoste plus loin sur une petite grève, fait quelques pas sur le sable et franchit le cadre d’un petit tableau fixé quelque part au dernier étage du musée. Je récupère là mon regard, et poursuis ma visite, me surprenant à flâner au travers des siècles… En passant près de grands portraits, je les caresse du regard pour tenter d’oublier celui de l’aigle qui m’attend en bas. Quelque part, j’entends la voix d’un enfant qui lance : “Madame, vous m’avez donné un crayon et du papier, mais pas de gomme !” et un autre : ” Moi, ma mine, elle est cassée, madame !”
Quand j’arrive en bas, une bande de jeunes entoure le tableau de l’aigle. L’œil du rapace est rivé sur l’un d’eux. Tant mieux ! Je m’éclipse donc…”.

La plaine d’Ansot…
” (…) La Maison des Barthes, dans la salle principale, une exposition : les oiseaux des barthes, des marais et des zones humides. Certains des élèves sont installés, béats devant Beate qui leur parle de plumes… Les autres, planent autour d’Anne qui leur cause de becs… Et moi, je fais un petit tour entre plume et bec, avant d’aller saluer Lionel qui veut me présenter le clapet. Le clapet est cette vanne métallique installée à la jonction des ruisseaux et des canaux qui s’écoulent dans la Nive. Tandis que le roseau veille sur les Barthes, le clapet gère ses eaux. Parce qu’une marée peut survenir n’importe quand, et noyer toute cette zone-ci, la Maison des Associations, le cinéma, le night-club, le Petit-Bayonne, tout… Mais n’ayez crainte, le clapet veille. D’ailleurs, il est de garde ce soir à la plaine d’Ansot…”

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Récit’Ag : “Au pays des cocagnes”

2007/12/14


Ce Récit’Ag est une commande de la BDP du Gers dans le cadre de Lire en Fête 2007 pour la bibliothèque de Lectoure et  Duffort.….Une création contée pour accompagner une exposition du peintre Jacques Fettah. Un point de départ à la création donc : les œuvres de Jacques Fettah ; mais aussi la ville et les villages, la géographie du lieu, les caractéristiques voire  “caractères” de chacun d’eux… Avec à l’arrivée, une ré-écriture très personnelle de l’histoire du pastel et du Bleu de Lectoure.. qui, sachez-le, aurait bien pu être le Bleu de Duffort !
Le titre : “Au pays des cocagnes… plus on dort, plus on gagne” (proverbe local…). Durée 25 mn

Extrait :
(…) “Et donc, la fois où il est arrivé du côté de Duffort à la recherche de quelques pièces de bois, il a rencontré la sœur du gars de Duffort. Pas parce qu’il l’a repérée et s’en est approché comme d’une vieille poutre découverte dans une maison abandonnée, non, mais parce que cette jolie fille a détourné son regard de quêteur (de bouts de bois), et qu’à ce moment-là, elle lui a souri !…
Le jour de cette première rencontre avec la sœur du gars de Duffort devant la ferme de ses parents, le soleil lui-même ose une timide sortie après toute une semaine de pluie Et voilà que notre gars de Lectoure remarque juste derrière la jeune fille, un grand tas de fumier duquel s’écoule un liquide d’une étrange couleur. Bon, des tas de fumier, il en a croisé. Des tas. Et des jus de tas de fumier, il en a bu… non, vu. Des quantités. Des relents de tas de fumiers, il en a aussi reniflé. De nombreux. Mais un fluide de cette couleur-là, il n’a jamais observé ça…” (…)
Le jeune colporteur se baisse, prend un peu de ce liquide, l’étale sur le bout de ses doigts, et c’est en les essuyant dans son mouchoir de coton – Oui, les fils de Lectoure ont toujours un mouchoir blanc, plié et bien repassé au fond de leur poche ! – Et c’est là qu’il découvre que le tissus se teinte d’une belle couleur verte, puis bleue….

Dans la presse
Nombreux sont les amateurs qui sont venus découvrir les nouveaux tableaux de Jacques Fettah et apprécier les histoires du conteur Koldo Amestoy, vendredi. Après une présentation de cette nouvelle édition de Lire en fête, Marie-Paule Fontano a présenté les acteurs de la soirée. Jacques Fettah, artiste local, présente une série de peintures et collages de format panoramique pour changer de ses habituelles œuvres grand format. D’une part les paysages où il oppose la nature réelle aux paysages abandonnés, sorte de no man’s land, d’autre part les « figures paternelles pseudo-héroïques » sont de drôles de personnages dans des petits cadres carrés à la forme parfaite qui permettent l’accumulation de détails. Les tableaux sont faits de superposition de collage, peinture acrylique et gouache sépia ; en y regardant de près, on découvre toujours de nouveaux détails parfois surprenants. Les paysages sont des tableaux ouverts, un peu vagues, dont s’est inspiré Koldo Amestoy pour nous faire rentrer sans en avoir l’air et tout en discutant dans l’univers merveilleux de ses contes. Simplicité, charisme attachant, beaucoup d’humour également, Koldo apporte des éléments accessibles à tous puisés dans l’histoire locale, y rajoutant quelques détails extraits des peintures de Jacques (une machine extraordinaire, une cabane en bois…) et le voilà parti nous racontant l’histoire du garçon vacher mêlée à celle du bleu de Lectoure… (…)
La Depêche 24/10/07

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Et il se fait la belle

2007/11/30

(Texte / chronique)


Il y a tout d’abord la porte de la prison devant vous, puis le regard du portier qui se pose sur vous. Vous êtes-vous trompé de lieu, ou de jour de rendez-vous ? Ou alors, peut-être est-ce seulement le conte qui est invité, et pas vous ? Non, non… C’est bien vous que l’on attend. Bonjour, avancez par ici, s’il vous plaît ! La grande porte se referme derrière vous. Ensuite… Suivez le guide ! Dans ce dédale de portiques, de portes, de couloirs, de grilles qui s’ouvrent et se referment, il y a toujours quelqu’un qui marche devant : un animateur ou un gardien. Il vous annonce : c’est le conteur ! Bonjour ! Vous répondez machinalement. Car tous vos sens sont occupés ailleurs. Ils errent dans cet autre monde, surpris par tout ce qui résonne ici : appel, cri, claquement sec, voix d’interphone ; étonnés de se retrouver dans des images vues à la télé, ou au cinéma…
Et où est donc le conte ? Il est là, blotti en vous. Il n’est pas plus à l’aise que vous, mais il se tient tranquille, alors ça vous rassure.
Vous voilà arrivé. On vous fait entrer dans une pièce toute blanche : la salle de classe. Elle est préparée pour l’occasion. Les détenus entrent l’un après l’autre ? Chacun vous salue poliment et s’installe. On attend les retardataires. Ils s’étaient inscris pourtant, mais… Parmi ceux qui sont assis devant vous, certains échangent quelques mots à voix basse. Discrètement. Les autres observent à la dérobée l’animateur, le conteur, les codétenus, le surveillant. Tiens ! Il n’est pas en uniforme. Nous sommes au cœur de l’univers carcéral, mais dans un ailleurs, où comme ailleurs des gens sont réunis et donc…
On vous fait signe. Et votre conte se précipite déjà, comme pour se libérer de vous, ou tenter une évasion. Qui sait ? Et son public le suit. Et il se fait la belle…
Koldo Amestoy, le 10 février 2007